Républicain Lorrain du 12 Décembre 2013

Républicain Lorrain

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En 2009, alors que la crise était installée, que certains licenciaient ou mettaient déjà la clé sous la porte, chez les Gismondi à Ennery, on s’est donné le temps de réfléchir. « L’atelier se vidait, se souvient Gérald, le fils qui a repris l’affaire en 2007. Ou on allait de l’avant, ou on licenciait tout le monde. »

Aller de l’avant, pour Hector Gismondi, fondateur de ManuLorraine en 1986, toujours prompt à donner un coup de main à son fils, « c’était enfin prendre le temps de mettre au point un système qui me tenait à cœur ».

L’homme avait en tête de récupérer l’énergie du bras de la pelleteuse, lorsqu’elle descend, de la stocker par un système hydraulique, pour la réutiliser au moment du levage.

Incroyable que le duo père-fils, dans son atelier d’Ennery, ait réussi à mettre au point un système que tous les grands groupes, constructeur d’engins de chantier, rêvaient d’inventer.

Lorsque le brevet a été déposé, que Manu Lorraine a commencé à écumer les plus grands salons industriels d’Europe, l’affaire n’est pas passée inaperçue. Mais elle n’a guère réjoui les grands fabricants. « Aujourd’hui, trois ans plus tard, ils ont tous mis au point "un truc". Mais personne n’a un système aussi simple que le nôtre. » De grands constructeurs se sont déplacés à Ennery. Hector et Gérald Gismondi se voyaient déjà négocier l’installation d’ECO’nergy, le nom de leur invention, sur leurs engins. « En fait, ils venaient voir, posaient des questions et essayaient de comprendre ce que, eux, n’avaient pas réussi à faire. » S’ils ont réussi là où tant d’autres ont échoué, c’est peut-être bien parce qu’ils n’étaient que deux : « c’est mon fils qui a eu le déclic. Quand ça ne marchait pas, on réessayait autre chose, notre pouvoir de décision était instantané, nous n’avions aucun compte à rendre. » Aujourd’hui, un ingénieur a été embauché pour continuer sur cette lancée.

L’histoire est belle mais Gismondi père enrage : « les constructeurs nous mettent des bâtons dans les roues. Ils n’ont aucun intérêt à ce qu’on vende notre système ! »

 

Plus vite Moins gourmand

Heureusement, Bouygues a repéré le système. Leur grande assemblée générale a été l’occasion de diffuser une vidéo qui chiffrait et minutait les avantages de l’invention. « On a équipé 150 machines, jusqu’à présent. Bouygues vient de passer commande pour l’équipement d’engins de 150 et 300 tonnes. Nous sommes déjà à la deuxième génération d’Econergy : plus souple, plus facile d’utilisation. » Leur plus, c’est le système contenu en un bloc adaptable sur toutes les marques de pelleteuses : « comme une voiture hybride, vous enclenchez ou pas le système. Les utilisateurs son unanimes, vous allez plus vite, tout en consommant moins de carburant. » Trop simple sans doute.